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Saisons de la vigne

Le millésime, l’année de récolte inscrite sur la bouteille

Le millésime, l’année de récolte inscrite sur la bouteille

Le millésime d’un vin est l’année où ses raisins ont été récoltés, et non celle de la mise en bouteille. Dans l’Union européenne, un vin qui affiche un millésime doit provenir pour au moins 85 % de raisins de cette année-là. Certains vins, dont beaucoup de champagnes, n’en portent aucun.

Un mot latin pour l’année de la vendange

Le mot millésime vient du latin millesimus, le millième : il désignait à l’origine le chiffre des milliers dans une date, puis la date entière. Pour le vin, il nomme l’année de la récolte, celle où la vigne a porté ses fruits. Dans l’hémisphère Nord, les vendanges se tiennent de la fin de l’été à l’automne ; dans l’hémisphère Sud, en Argentine, au Chili ou en Afrique du Sud, elles ont lieu en mars et en avril. Dans les deux cas, le millésime suit le calendrier de la récolte. Un vin de glace dont les raisins gelés sont cueillis en janvier garde l’année où la vigne a mûri ses grappes, et non celle de la cueillette.

Ce que garantit l’année affichée sur l’étiquette

Sur l’étiquette, le millésime est une mention facultative. Mais quand il apparaît, la réglementation européenne exige qu’au moins 85 % des raisins utilisés aient été récoltés cette année-là. La petite part restante permet par exemple de compléter les fûts au fil de l’élevage, c’est l’ouillage, avec un vin d’une autre année. Certaines appellations vont plus loin dans leur cahier des charges, et le champagne millésimé, par exemple, provient entièrement de l’année indiquée.

Le millésime ne dit en revanche rien de la qualité. Il ne signale ni une bonne ni une mauvaise année ; il situe le vin dans le temps, et c’est tout ce qu’il promet.

Les vins non millésimés et l’art de l’assemblage

De nombreux vins mélangent volontairement plusieurs récoltes. Le cas le plus connu est celui du champagne brut sans année : chaque maison ou chaque vigneron assemble le vin de la dernière vendange avec des vins de réserve, gardés en cuve ou en foudre depuis plusieurs années. Ces réserves lissent les écarts entre les récoltes et maintiennent un style reconnaissable d’une bouteille à l’autre. D’autres vins suivent la même logique : certains vins mutés élevés longtemps en fût, des effervescents, des vins de France assemblés librement.

Un vin sans millésime n’est pas un vin de second rang. C’est un autre choix, qui privilégie la constance plutôt que l’empreinte d’une saison.

Le champagne millésimé, une exception champenoise

En Champagne, la règle est l’assemblage. Le millésimé fait figure d’exception : il ne se produit que les années que chaque maison ou chaque vigneron juge assez réussies pour se suffire à elles-mêmes, ce qui varie d’un producteur à l’autre. Le cahier des charges de l’appellation impose qu’il provienne en totalité de la récolte indiquée et qu’il vieillisse plus longtemps sur ses lies avant le dégorgement : au moins trois ans à compter du tirage, contre quinze mois pour un champagne non millésimé. La page pour lire les sigles d’un champagne aide à savoir qui l’a élaboré.

Gel, chaleur, pluie : ce qu’une année change dans le vin

Deux vins issus des mêmes vignes, vinifiés par la même personne, diffèrent d’une année à l’autre, car la saison ne se répète jamais. Plusieurs épisodes pèsent sur le millésime :

  • En avril et en mai, le gel, qui détruit les jeunes pousses juste après le débourrement de la vigne et réduit la récolte.
  • En juin, la floraison : une floraison froide et pluvieuse provoque coulure et millerandage, donc moins de raisins.
  • De mai à août, la grêle, qui hache feuilles et grappes en quelques minutes, souvent sur une zone étroite.
  • En juillet et en août, la chaleur et la sécheresse : des raisins plus sucrés, des vins plus riches en alcool et parfois moins acides, voire des maturités bloquées quand la vigne souffre trop.
  • En septembre, la pluie avant ou pendant les vendanges : risque de pourriture et de raisins dilués.
  • Tout l’été, une saison fraîche : des vins plus vifs, plus légers, parfois d’une belle tension.

Une même année n’a pas le même visage partout : un orage peut épargner un village et frapper le voisin, et deux régions vivent rarement la même saison. Les choix du vigneron, date de récolte, tri, travail du sol, comptent aussi. Les tableaux de millésimes publiés par les guides ne donnent donc que des tendances très générales, jamais un verdict sur une bouteille précise.

Millésime et aptitude à la garde

Une année qui donne des vins acides, tanniques et bien équilibrés favorise souvent une longue garde ; une année très chaude produit parfois des vins plus vite prêts. Rien n’est pourtant automatique : le cépage, l’appellation et la vinification pèsent autant que la saison. Le millésime sert surtout à connaître l’âge d’une bouteille et à juger si elle a eu le temps de s’épanouir. Les conditions dans lesquelles elle a vieilli importent ensuite beaucoup : une cave fraîche et stable, comme le décrit le guide pour stocker son vin, préserve ce que l’année a donné. Pour une bouteille ancienne, l’année compte parmi les éléments qui permettent d’estimer la valeur de ses bouteilles, avec l’état et la provenance.

Ne pas confondre millésime et mise en bouteille

La mise en bouteille intervient quelques mois après la vendange pour un vin jeune et fruité, mais parfois plusieurs années après pour un vin longuement élevé en fût. L’étiquette ne donne presque jamais cette date. Elle porte en revanche un numéro de lot, souvent précédé de la lettre L, qui permet au producteur de retrouver l’histoire de chaque tirage. Sur certains champagnes, une date de dégorgement est indiquée en complément : elle renseigne sur le temps passé depuis la sortie des lies, une information différente de l’année de récolte.

Où chercher l’année ? Le plus souvent sur l’étiquette principale, parfois sur une petite collerette au col, sur la contre-étiquette ou marquée au fer sur le bouchon. Les autres repères de lecture, du terroir aux appellations, se trouvent dans la rubrique Connaître le vin.

Sources : règlement délégué (UE) 2019/33 sur l’étiquetage des produits vitivinicoles, cahier des charges de l’AOC Champagne (INAO), Comité Champagne.

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