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Saisons de la vigne

Le soufre du vin : à quoi servent les sulfites et ce que dit l’étiquette

Le soufre du vin : à quoi servent les sulfites et ce que dit l’étiquette

Les sulfites dans le vin proviennent surtout du dioxyde de soufre que le vigneron ajoute pour protéger le vin de l’oxydation et des microbes ; une petite part naît de la fermentation. Dès 10 mg par litre, l’étiquette doit porter la mention « contient des sulfites ».

Sulfites, soufre, SO2 : les mots du sujet

Le composé en cause est le dioxyde de soufre, aussi appelé anhydride sulfureux, de formule SO2. Le mot sulfites désigne la famille de corps qu’il forme une fois dissous dans le vin. Au chai, le soufre s’ajoute sous plusieurs formes : gaz liquéfié, solution aqueuse, poudre ou comprimés de métabisulfite de potassium, ou mèches de soufre que l’on brûle dans une barrique vide. Sur la liste des additifs, il porte les codes E220 et suivants.

Une fois dans le vin, le soufre se partage en deux parts. Le soufre libre reste actif et protège. Le soufre combiné s’est lié à d’autres molécules, notamment des sucres et l’éthanal, et ne protège presque plus. La somme des deux forme le soufre total, celui que mesure la réglementation et que vise la mention sur l’étiquette.

Pourquoi les vignerons sulfitent : trois actions au chai

  • Antioxydant : le soufre capte l’oxygène dissous et freine le brunissement, la perte de fruit et les odeurs de pomme blette.
  • Antiseptique : il gêne les bactéries et les levures indésirables, celles qui donnent un goût de vinaigre ou des odeurs d’écurie, et laisse travailler les levures du vin.
  • Antioxydasique : sur le moût, il bloque les enzymes qui oxydent le jus, très actives quand la vendange contient des raisins pourris.

Au fil de l’année du chai, le soufre intervient à quatre moments :

  1. En septembre et octobre, à la vendange : une dose sur le raisin ou le moût, plus forte si la récolte est abîmée.
  2. À la fin de l’automne : un apport une fois les fermentations achevées, pour stabiliser le vin nouveau.
  3. Pendant l’hiver et l’élevage : de petits compléments à chaque soutirage, et des mèches brûlées dans les barriques vides.
  4. À la mise en bouteille, au printemps ou plus tard : un dernier ajustement, le plus délicat.

Chaque apport se décide à l’analyse, en fonction de l’état du vin et du risque à couvrir. Le déroulement de la fermentation alcoolique et de la fermentation malolactique fixe en grande partie ce calendrier.

Des sulfites présents même sans aucun ajout

Les levures produisent elles-mêmes un peu de dioxyde de soufre pendant la fermentation, à partir des sulfates naturellement présents dans le moût. La quantité varie selon la souche de levure, la température et la composition du jus. Elle reste en général modeste, mais elle peut dépasser le seuil de déclaration. Un vin rigoureusement exempt de sulfites est donc presque introuvable : même sans un gramme de soufre ajouté, il en contient souvent des traces.

« Contient des sulfites » : la mention allergène de l’étiquette

Les sulfites figurent sur la liste européenne des allergènes à signaler. Dès que la teneur en soufre total atteint 10 mg par litre, la mention « contient des sulfites » ou « contient des anhydrides sulfureux » est obligatoire, parfois accompagnée d’un pictogramme. Presque tous les vins sont donc concernés. Les règles européennes plus récentes imposent aussi d’informer sur les ingrédients et les valeurs nutritionnelles ; ces informations peuvent être placées derrière un code à scanner, mais les allergènes doivent rester écrits sur la bouteille elle-même.

La mention ne dit rien de la quantité réelle. Elle signale seulement la présence d’un allergène, au même titre que pour d’autres denrées, fruits secs ou certains jus par exemple. Les personnes sensibles ou allergiques se réfèrent à leur médecin, seul à même de les conseiller.

Des plafonds de soufre selon la couleur et le sucre

La réglementation européenne fixe une teneur maximale en soufre total, qui n’est pas la même pour tous les vins. Les écarts suivent une logique de vinification :

Type de vinBesoin en soufreRaison principale
Rouge secLe plus faibleLes tanins et la couleur protègent déjà le vin de l’oxygène
Blanc et rosé secsPlus élevéVins plus fragiles face à l’oxydation, sans tanins pour les défendre
Moelleux et liquoreuxLe plus élevéLe sucre restant peut refermenter et fixe une partie du soufre, qui ne protège plus
Vins biologiquesPlafonds abaissésRèglement européen de la vinification biologique, plus strict que la règle générale

Ces plafonds sont des limites, pas des doses habituelles : beaucoup de vins en restent nettement en dessous.

Bio, biodynamie, vin nature : jusqu’où descend le soufre

Le vin biologique est vinifié selon un règlement européen qui abaisse les teneurs maximales et limite les pratiques autorisées au chai. Les cahiers des charges privés de la biodynamie et de certaines associations vont plus loin, avec des seuils encore plus bas. Le vin dit nature n’a longtemps eu aucune définition officielle. En France, un label privé reconnu, « Vin méthode nature », impose des raisins bios vendangés à la main, des levures indigènes, et aucun soufre ajouté pendant la vinification ; un petit apport avant la mise en bouteille reste possible, avec un logo distinct.

À retenir : la mention « contient des sulfites » signale un allergène ; elle ne mesure rien et figure sur presque tous les vins, y compris bios et sans ajout dès que le seuil est atteint.

Les vins sans sulfites ajoutés, plus fragiles à garder

« Sans sulfites ajoutés » signifie qu’aucun soufre n’a été apporté, pas que le vin en est exempt. Pour se passer de cette protection, le vigneron doit travailler avec des raisins parfaitement sains, une hygiène irréprochable, du froid et des gaz neutres qui chassent l’oxygène. Malgré ces soins, ces vins restent plus exposés aux accidents : oxydation, piqûre acétique, goûts de souris. Ils supportent mal la chaleur et les longs voyages. Une cave fraîche et stable, comme celle décrite dans le guide pour conserver et stocker son vin, leur convient particulièrement, et la plupart se gardent moins longtemps que les vins sulfités.

Sulfites du vin : trois points souvent mal compris

Le vin rouge contient-il plus de sulfites que le blanc ?
En général, non : c’est plutôt l’inverse. Les tanins du rouge le protègent en partie, si bien que les plafonds et les doses habituelles sont plus bas que pour les blancs et les rosés. Les vins doux sont ceux qui en demandent le plus.
Un vin sans sulfites ajoutés peut-il porter la mention « contient des sulfites » ?
Oui. Si les levures en ont produit assez pour atteindre le seuil de 10 mg par litre, la mention reste obligatoire. Les deux indications ne se contredisent pas.
Que faire si l’on pense être sensible aux sulfites ?
En parler à son médecin, qui orientera si besoin vers un allergologue. L’étiquette permet ensuite de repérer les produits concernés, vin compris.

D’autres pages de la rubrique Connaître le vin expliquent comment le raisin devient vin et ce que disent les étiquettes.

Sources : règlement (UE) n° 1169/2011 sur l’information des consommateurs, règlements européens sur les pratiques œnologiques et la production biologique, OIV, INAO.

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