Planter une vigne se fait au printemps, d’avril à juin, avec des plants greffés-soudés, sur un sol préparé et souvent laissé au repos après l’arrachage des anciens ceps. Le vigneron doit aussi obtenir une autorisation de plantation ; pour une treille de jardin, un bon plant et un mur bien exposé suffisent.
Préparer la parcelle avant la plantation
Laisser reposer le sol après l’arrachage
Une vigne arrachée laisse dans la terre des débris de racines, qui hébergent des champignons responsables de pourridiés et des nématodes, ces petits vers capables de transmettre le court-noué, une maladie à virus. Replanter aussitôt expose les jeunes ceps à ces ennemis. Beaucoup de vignerons laissent donc la parcelle au repos plusieurs années, en céréales, en prairie ou en couverts végétaux. La durée dépend de l’état sanitaire de l’ancienne vigne et des conseils techniques locaux.
Analyser puis travailler la terre en profondeur
Une analyse de sol précède tout projet. Elle renseigne sur le pH, la matière organique, les éléments nutritifs et surtout le calcaire actif, qui guide le choix du porte-greffe. Viennent ensuite les gros travaux : épierrage, défoncement ou sous-solage pour ameublir en profondeur, drainage des zones humides, amendements de fond. Ces travaux se font une seule fois avant plusieurs décennies de vigne ; le travail du sol et l’enherbement prendront ensuite le relais pour l’entretien courant.
L’autorisation de plantation, démarche obligatoire du vigneron
En France, on ne plante pas de vigne à raisin de cuve librement. Depuis la réforme européenne entrée en vigueur en 2016, les anciens droits de plantation ont laissé place à un régime d’autorisations, géré par FranceAgriMer. Une plantation nouvelle passe par une demande annuelle, examinée dans la limite d’un contingent national. Une replantation, après l’arrachage d’une vigne sur l’exploitation, relève d’une autorisation de replantation.
La plantation se déclare ensuite aux services des douanes, qui tiennent le casier viticole informatisé, le registre de toutes les parcelles de vigne. Planter sans autorisation expose à l’arrachage. Dans une appellation, le cahier des charges impose en plus la liste des cépages admis, la densité minimale et les règles de conduite.
Choisir le plant : greffé-soudé, clone et porte-greffe
Le plant le plus courant est le greffé-soudé : un greffon du cépage choisi, assemblé en pépinière sur un porte-greffe, dont la soudure a été contrôlée. Il se plante le plus souvent en racines nues, au printemps qui suit sa production. Il existe aussi des plants en pot, qui se plantent plus tard dans la saison, mais demandent un arrosage attentif.
Pour le greffon, deux voies s’offrent au vigneron. Les clones, issus de la sélection clonale, sont certifiés et contrôlés sur le plan sanitaire ; leur étiquette bleue en atteste. La sélection massale, elle, reproduit les bois de plusieurs vieilles souches choisies dans le vignoble, pour garder une diversité au sein de la parcelle ; elle demande de vérifier l’état sanitaire des pieds mères. Le choix du porte-greffe de la vigne se fait en fonction du sol, de l’eau disponible et de la vigueur recherchée.
Densité et écartement selon l’appellation
Le nombre de pieds par hectare varie beaucoup. Les vignobles septentrionaux et de nombreux grands crus plantent serré, avec des rangs étroits et des souches rapprochées, ce qui crée une concurrence entre pieds et modère la vigueur de chacun. D’autres régions, notamment dans le Midi, pratiquent des rangs plus larges. Chaque cahier des charges fixe une densité minimale et un écartement maximal entre les rangs ; hors appellation, la liberté est plus grande.
La densité dicte aussi le matériel. Les rangs étroits exigent un tracteur enjambeur ou des engins spécialisés, les rangs larges acceptent un tracteur classique dans l’allée. Elle se raisonne donc avec l’appellation, le terroir de la parcelle et l’équipement de l’exploitation.
Le jour de la plantation, d’avril à juin
La plantation se fait quand la terre s’est réchauffée et que les fortes gelées sont passées, le plus souvent en avril et en mai pour les plants en racines nues. Planter trop tard expose la jeune vigne à un premier été sec, avant que ses racines aient eu le temps de s’installer.
- Tracer et piqueter les rangs, au cordeau ou avec une planteuse guidée par satellite.
- Préparer les plants : rafraîchir les racines, les tremper dans un pralin de terre et d’eau, les garder à l’humidité jusqu’au dernier moment.
- Planter à la main, à la tarière ou à la machine, en laissant le point de greffe quelques centimètres au-dessus du sol.
- Tasser la terre autour des racines, poser un tuteur et, si besoin, une gaine contre les lapins et le désherbage mécanique.
- Arroser si le sol est sec, puis surveiller la reprise des premiers bourgeons.
Garder le point de greffe hors de terre évite que le greffon émette ses propres racines : la vigne s’affranchirait alors du porte-greffe et perdrait sa protection.
Les premières années d’une jeune vigne
La première année, la jeune vigne construit surtout ses racines. Le vigneron désherbe autour des pieds, car l’herbe lui dispute l’eau, la protège des maladies et remplace les plants qui n’ont pas repris. Les hivers suivants, une taille de la vigne de formation bâtit peu à peu la souche, et le palissage s’installe.
Quelques grappes apparaissent souvent dès la deuxième ou la troisième année, mais elles ne font pas forcément une récolte commercialisable. Les cahiers des charges des appellations fixent à partir de quelle année suivant la plantation les raisins peuvent porter le nom de l’appellation, et certains limitent le rendement des jeunes vignes. La règle exacte se lit dans le cahier des charges de chaque appellation.
À retenir : sol reposé et analysé, autorisation obtenue, plant certifié adapté au sol, plantation au printemps, puis deux ou trois années de patience avant les premiers vrais raisins.
Planter une vigne au jardin : treille et plant en pot
Au jardin, la vigne demande avant tout du soleil. Un mur exposé au sud ou au sud-ouest, abrité du vent, lui offre la chaleur nécessaire pour mûrir ses grappes. Le sol doit bien s’égoutter : la vigne craint les fonds humides et froids, où gèlent aussi plus facilement ses jeunes pousses.
Le plus simple est un plant en pot, greffé, choisi chez un pépiniériste. Les variétés de raisin de table adaptées à la région, et les variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium, limitent les soins. La plantation se fait au printemps ou à l’automne, hors période de gel, dans un trou large garni de compost mûr, point de greffe hors de terre. Un tuteur, quelques arrosages le premier été et une taille courte les premiers hivers mettent la treille sur de bons rails. Un support solide, fils tendus ou pergola, la guidera ensuite.
Trois questions avant de planter des pieds de vigne
- Peut-on planter une vigne à partir d’une bouture ?
- Au jardin, une bouture de sarment s’enracine assez facilement, mais elle donne une vigne non greffée, exposée au phylloxéra dans la plupart des sols. Un plant greffé reste plus sûr. Pour une vigne professionnelle, les plants certifiés issus de pépinière sont la règle.
- Combien de temps faut-il attendre les premiers raisins ?
- Une vigne plantée au printemps porte rarement des grappes la première année. Les premiers raisins apparaissent en général la deuxième ou la troisième année, et la récolte devient régulière quand la souche est formée.
- Faut-il une autorisation pour une vigne de jardin ?
- Une treille de quelques pieds destinée à la consommation familiale, sur une très petite surface et sans vente, échappe en principe au régime des autorisations. Au-delà, ou en cas de doute sur la surface, FranceAgriMer et les services des douanes renseignent sur la règle applicable.
Les autres travaux de l’année, une fois la vigne en place, figurent dans le calendrier de la vigne.
Sources : FranceAgriMer (autorisations de plantation de vigne), réglementation européenne de l’organisation commune des marchés vitivinicoles, direction générale des douanes (casier viticole informatisé), INAO (cahiers des charges des appellations).
















