La flavescence dorée est une maladie incurable de la vigne, due à un phytoplasme que transmet une cicadelle, Scaphoideus titanus. Un cep atteint ne guérit pas : la lutte, obligatoire en France, repose sur la surveillance des parcelles, les traitements contre l’insecte et l’arrachage.
Un phytoplasme qui bouche les vaisseaux de sève
Les phytoplasmes sont des bactéries sans paroi qui vivent dans le phloème, les vaisseaux qui transportent la sève élaborée par les feuilles. En s’y multipliant, celui de la flavescence dorée perturbe la circulation des sucres dans toute la plante. On ne sait pas le cultiver en laboratoire : sa présence se prouve par une analyse de l’ADN prélevé sur les feuilles. Classée organisme de quarantaine dans l’Union européenne, la maladie a été identifiée en France dans les années 1950, dans le Sud-Ouest. Elle a gagné depuis plusieurs grands vignobles, et chaque nouveau foyer déclenche des mesures collectives.
Scaphoideus titanus, la cicadelle qui porte la maladie
Le phytoplasme ne passe pas tout seul d’un cep à l’autre : il lui faut un transporteur. C’est une petite cicadelle originaire d’Amérique du Nord, arrivée en Europe au XXe siècle, qui vit presque uniquement sur la vigne. Elle ne fait qu’une génération par an, ce qui rend son calendrier prévisible :
- De la fin de l’été à l’hiver : les œufs, pondus sous l’écorce du bois de deux ans, passent la mauvaise saison à l’abri.
- De mai à juillet : les éclosions s’étalent ; les larves, sans ailes, restent sous les feuilles du bas de la souche et des repousses.
- De juillet à l’automne : les adultes ailés volent d’un cep à l’autre et pondent à leur tour.
Une larve ou un adulte qui se nourrit sur un cep malade se charge en phytoplasme. Après quelques semaines d’incubation dans son corps, l’insecte devient contaminant et le reste toute sa vie. Les plants de pépinière, greffons et porte-greffes, peuvent eux aussi transporter la maladie sans montrer de symptômes, ce qui explique les foyers apparus loin de toute vigne atteinte.
Repérer un cep atteint de flavescence dorée en fin d’été
Les symptômes se voient surtout d’août aux vendanges. Un seul signe ne suffit pas : c’est leur réunion sur un même rameau qui doit alerter.
| Partie de la vigne | Ce que l’on observe | Précision utile |
|---|---|---|
| Feuilles | Limbe enroulé vers le dessous, épais et cassant, coloré par secteurs limités par les nervures | Rouge sur les cépages noirs, jaune doré sur les blancs, d’où le nom de la maladie |
| Rameaux | Bois qui ne s’aoûte pas : il reste vert, souple comme du caoutchouc, et retombe | En hiver, ces rameaux noircissent et meurent au froid |
| Fleurs et grappes | Inflorescences desséchées au printemps, baies flétries et amères en été | Perte de récolte sur le cep, parfois totale |
| Souche entière | Affaiblissement d’une année sur l’autre | Selon le cépage, le pied peut mourir ou survivre en restant porteur |
Flavescence dorée ou bois noir : seule l’analyse tranche
Une autre maladie à phytoplasme, le bois noir, donne exactement les mêmes symptômes. Son vecteur est différent : une autre cicadelle, Hyalesthes obsoletus, qui vit sur le liseron et l’ortie et ne pique la vigne qu’en passant. Pour le bois noir, la vigne est une impasse : la maladie ne se transmet pas d’un cep à l’autre, et l’arrachage ne s’impose pas de la même façon. Comme l’œil ne fait pas la différence, chaque souche suspecte est prélevée et analysée par un laboratoire agréé. D’autres troubles prêtent aussi à confusion, comme l’enroulement viral, certaines carences ou les grillures de la cicadelle verte, mais aucun ne réunit les trois signes sur feuilles, bois et grappes.
Les obligations de la lutte contre la flavescence dorée
La lutte est encadrée par un arrêté ministériel national, puis précisée dans chaque département par des arrêtés préfectoraux qui délimitent les périmètres de lutte, souvent à l’échelle de communes entières. Les services régionaux de l’alimentation, les organismes de surveillance du végétal et les groupements de défense locaux organisent le travail sur le terrain.
Prospecter les parcelles
Chaque fin d’été, des équipes de vignerons et de techniciens parcourent les rangs, marquent les ceps suspects et envoient des échantillons au laboratoire. Plus la prospection couvre de surface, plus les foyers sont pris tôt.
Traiter contre la cicadelle
Dans les périmètres de lutte, des traitements insecticides visent les larves puis, si nécessaire, les adultes. Leur nombre et leurs dates sont fixés chaque année par arrêté, à partir de l’observation des premières éclosions ; là où la surveillance montre une faible présence de l’insecte, ils peuvent être allégés. En agriculture biologique, des insecticides d’origine naturelle autorisés sont employés.
Arracher les ceps contaminés
Un cep reconnu atteint doit être arraché avant la saison suivante, racines comprises, pour ne pas servir de réservoir. Au-delà d’une proportion de ceps malades fixée par la réglementation, c’est la parcelle entière qui disparaît.
Assainir les plants à l’eau chaude
En pépinière, les plants et les bois de greffe destinés aux zones concernées passent dans un bain d’eau chaude, autour de 50 °C pendant environ trois quarts d’heure. Ce traitement détruit le phytoplasme et les œufs de cicadelle sans tuer le bois, à condition de respecter scrupuleusement la température et la durée.
Vigneron, pépiniériste, propriétaire : la part de chacun
Le vigneron participe aux prospections, respecte les dates de traitement de son secteur et arrache les ceps désignés. Le pépiniériste surveille ses vignes mères et livre des plants contrôlés. Le propriétaire d’une vigne abandonnée a lui aussi des devoirs : une parcelle en friche, jamais traitée, nourrit la cicadelle et peut contaminer tout un coteau ; elle doit être arrachée, et le préfet peut l’ordonner. Les repousses sauvages de porte-greffes, dans les haies et les talus, posent le même problème. Un particulier qui entretient une treille dans une commune en périmètre de lutte est concerné comme les autres. Ce travail collectif s’inscrit dans le calendrier de la vigne, à côté de la protection contre les maladies de la vigne causées par des champignons.
Trois cas pratiques face à la flavescence dorée
- Que faire si l’on remarque un cep suspect ?
- Le signaler sans attendre au groupement de défense local ou au service régional chargé de la santé des végétaux. Il vaut mieux ne pas arracher le pied soi-même avant le prélèvement : sans analyse, impossible de savoir s’il s’agit de flavescence dorée ou de bois noir.
- Un cep malade peut-il guérir tout seul ?
- Aucun traitement ne soigne un cep atteint. Sur certains cépages, les symptômes s’atténuent parfois d’une année sur l’autre, mais la plante peut rester porteuse et contaminer les cicadelles. La règle reste donc l’arrachage.
- Peut-on replanter après un arrachage ?
- Oui, la maladie ne reste pas dans le sol. La replantation se fait avec des plants traités à l’eau chaude, et la surveillance continue les années suivantes, comme pour toute plantation de vigne en zone de lutte.
Le phylloxéra, autre fléau venu d’Amérique, montre combien une lutte précoce et collective pèse dans l’avenir d’un vignoble.
Sources : arrêté ministériel relatif à la lutte contre la flavescence dorée de la vigne et arrêtés préfectoraux de lutte, ministère de l’Agriculture, Institut français de la vigne et du vin, réseau des FREDON.















