L’ébourgeonnage consiste à supprimer au printemps les jeunes pousses de vigne qui ne serviront ni à la récolte ni à la taille suivante. Il se fait à la main, quand les rameaux mesurent de quelques centimètres à une vingtaine, et allège la souche avant que la végétation ne s’emmêle.
Ce que l’ébourgeonnage retire et ce qu’il garde
À la taille d’hiver, le vigneron a choisi un nombre précis de bourgeons. Au débourrement, la souche en fait souvent sortir bien davantage : plusieurs pousses jaillissent parfois du même œil, d’autres percent du vieux bois ou du tronc. L’ébourgeonnage remet de l’ordre. Il ramène la souche au nombre de rameaux prévu, bien placés et porteurs de grappes, et élimine le reste tant que les pousses sont tendres.
Les doubles bourgeons et les contre-bourgeons
Un œil de vigne renferme un bourgeon principal et des bourgeons secondaires, plus petits. Il arrive que deux pousses démarrent ensemble au même endroit. L’ébourgeonneur garde la plus vigoureuse, celle qui porte des inflorescences, et retire l’autre, souvent stérile ou peu fertile. Les contre-bourgeons qui sortent à la base d’un courson subissent le même tri.
Les gourmands du vieux bois
Sur les bras et la tête de la souche, des bourgeons restés endormis pendant des années se réveillent et donnent des gourmands. Ces pousses portent rarement des grappes et détournent de la sève. La plupart sont enlevées. Un gourmand bien placé peut toutefois être conservé : il fournira l’hiver suivant un courson de rappel, utile pour rajeunir un bras ou rapprocher la souche du fil.
Les pousses du tronc : l’épamprage
L’épamprage désigne la suppression des pampres, ces pousses qui naissent sur le tronc et au pied de la souche. Certaines sortent même du porte-greffe, sous le point de greffe : elles appartiennent à la vigne américaine et n’ont rien à faire dans la parcelle. Les pampres proches du sol sont aussi les premiers touchés par les éclaboussures de pluie qui propagent le mildiou au printemps. Les enlever tôt coupe un relais à la maladie.
Les rameaux mal orientés
Restent les pousses qui partent vers l’intérieur de la souche, vers le bas ou dans l’allée, et celles qui s’entassent en surnombre sur une baguette trop chargée. Le vigneron les supprime pour laisser des rameaux espacés, qui monteront droit entre les fils.
Le bon stade : des pousses de quelques centimètres à une vingtaine
Le moment idéal arrive quand les jeunes grappes deviennent visibles à la base des pousses. Trop tôt, il est impossible de distinguer une pousse fertile d’une pousse stérile, et l’on risque d’enlever la mauvaise. Selon les régions et la précocité de l’année, ce stade tombe entre la fin avril et le courant du mois de mai.
Trop tard, les rameaux s’endurcissent et ne se détachent plus d’une pression du doigt. Il faut alors un sécateur, le travail ralentit et laisse des plaies plus grandes. La végétation a déjà commencé à s’emmêler, et la souche a dépensé de l’énergie à nourrir des pousses vouées à disparaître. Dans les vignes vigoureuses, un second passage reprend quelques semaines plus tard les gourmands apparus entre-temps.
Après une gelée de printemps, le calendrier change. Les bourgeons principaux grillés sont remplacés par des bourgeons secondaires, qui portent moins de grappes mais sauvent une partie de la récolte. Le vigneron attend alors que la repousse soit lisible avant d’ébourgeonner, et garde davantage de pousses que d’habitude. La page du débourrement à la floraison décrit ces semaines à risque.
Le geste de l’ébourgeonneur, pied après pied
- Regarder la souche d’un coup d’œil : combien de rameaux sur la baguette ou les coursons, où sont les grappes, quel bois servira à la prochaine taille.
- Commencer par le bas : épamprer le tronc en faisant glisser la main du haut vers le pied, pour arracher les pampres à leur base.
- Sur la baguette ou les coursons, garder une seule pousse par œil, la plus fertile.
- Laisser, si besoin, un gourmand bien placé pour préparer la taille de l’hiver suivant.
- Dégager l’espace entre les rameaux restants pour qu’ils puissent monter sans se croiser.
Le travail se fait à mains nues ou avec des gants fins. Une pousse tendre se détache d’une simple pression du pouce. L’arracher à sa base, plutôt que la couper au-dessus, évite qu’elle reparte quelques jours plus tard au même endroit. Le geste demande de l’attention : un rameau fertile cassé par mégarde, c’est une ou deux grappes en moins à l’automne.
L’épamprage du tronc peut se mécaniser. Des épampreuses à fouets souples ou à brosses rotatives, montées sur tracteur, frappent le bas des souches et arrachent les pousses tendres. Elles ne trient pas, en revanche, les rameaux de la baguette ou des coursons : cette partie de l’ébourgeonnage reste un travail de main et d’œil.
Effets de l’ébourgeonnage sur le rendement et la santé de la vigne
Moins de pousses, c’est moins de grappes. L’ébourgeonnage prolonge la taille : il ajuste la charge de la souche dès le printemps, à un stade où la vigne n’a encore presque rien investi dans les raisins supprimés. Les grappes conservées reçoivent davantage de sève et de lumière. Pour réguler la récolte, ce geste précoce est souvent jugé plus efficace que la vendange en vert de l’été, qui retire des grappes déjà formées.
La végétation allégée sèche aussi plus vite. Moins dense, elle garde moins d’humidité autour des feuilles et des futures grappes, ce qui freine le mildiou et l’oïdium. Les traitements pénètrent mieux au cœur de la souche. Les maladies de la vigne trouvent moins de recoins abrités où s’installer.
Enfin, l’ébourgeonnage prépare l’année suivante. Une souche débarrassée de ses gourmands garde sa forme, le vigneron trouve l’hiver venu des bois bien placés et évite de couper de grosses branches, dont les plaies favorisent les maladies du bois. Le palissage de la vigne qui suit en mai et juin devient aussi plus simple : des rameaux espacés se glissent sans peine entre les fils releveurs.
Une tâche de printemps longue et exigeante
L’ébourgeonnage oblige à passer devant chaque souche, souvent courbé ou à genoux quand la vigne est basse. Sur une exploitation entière, il occupe plusieurs semaines, parfois avec l’aide d’équipes saisonnières. Il se mène en même temps que les premiers relevages, les premiers traitements et le travail du sol, au moment où la vigne pousse le plus vite.
Certaines exploitations allègent ce chantier par une taille plus précise, d’autres l’ont réduit à l’épamprage mécanique. La plupart des vignerons qui cherchent des raisins mûrs et sains le considèrent pourtant comme un passage à ne pas sauter. Sa place dans l’année se lit dans le calendrier de la vigne, entre le débourrement et la floraison.















