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Saisons de la vigne

Carafer ou décanter : aérer un vin jeune, séparer le dépôt d’un vin ancien

Carafer ou décanter : aérer un vin jeune, séparer le dépôt d’un vin ancien

Carafer un vin, c’est le verser dans une carafe pour l’aérer : le geste convient surtout aux rouges jeunes et serrés. Décanter vise autre chose, séparer un vin ancien de son dépôt juste avant de le servir. Les deux gestes ne se font pas de la même façon et ne concernent pas les mêmes bouteilles.

Carafer et décanter, deux gestes aux buts opposés

Dans le langage courant, les deux mots se confondent. Les sommeliers les distinguent pourtant avec soin. Carafer, c’est donner de l’air à un vin jeune : en tombant dans la carafe et en s’étalant sur une large surface, il rencontre l’oxygène, ses arômes se libèrent, ses tanins paraissent plus souples, et d’éventuelles odeurs de renfermé se dissipent. Décanter, c’est protéger un vin âgé : on le transvase lentement pour laisser dans la bouteille le dépôt qui s’est formé avec les années, en lui donnant le moins d’air possible.

Le premier geste cherche l’oxygène, le second s’en méfie. D’où des carafes, des durées et des précautions différentes.

Les vins qui profitent d’un passage en carafe

  • Les rouges jeunes et tanniques : vins de cabernet sauvignon, de syrah, de mourvèdre ou de tannat dans leurs premières années, souvent serrés à l’ouverture.
  • Les vins réduits : ceux qui sentent l’œuf, l’allumette ou le caoutchouc en sortant de la bouteille ; ces odeurs, nées d’un manque d’oxygène, s’effacent souvent à l’air.
  • Certains blancs puissants : blancs jeunes élevés en barrique, blancs de garde encore fermés, que l’aération ouvre.
  • Les rouges de garde arrivés à maturité mais encore solides : ils se décantent pour le dépôt et supportent un peu d’air.

Les bouteilles à laisser dans leur verre d’origine

Un très vieux vin, fragile, peut perdre en quelques minutes le bouquet qu’il a mis des années à construire : s’il faut le décanter, on le sert aussitôt. Les effervescents se gardent en bouteille, car la carafe leur fait perdre leurs bulles ; quelques sommeliers carafent des champagnes vineux, mais la pratique reste rare. Les blancs légers, les rosés fruités et les rouges de primeur, comme le beaujolais nouveau, n’ont rien à y gagner : leur charme tient à leur fraîcheur immédiate.

Décanter un vin ancien, étape par étape

  1. Redresser la bouteille la veille, ou mieux deux jours avant, dans la cave : le dépôt glisse lentement au fond.
  2. La transporter sans la secouer, à la verticale, jusqu’à la table ou au plan de travail.
  3. Retirer toute la capsule et essuyer le goulot, où moisissures et poussière s’accumulent sur les vieilles bouteilles.
  4. Déboucher sans brusquerie ; un vieux bouchon friable se retire mieux avec un tire-bouchon à deux lames, glissées entre le liège et le verre.
  5. Placer une lumière sous le col : une bougie, comme le veut la tradition, ou une petite lampe, pour voir le vin passer dans l’épaule de la bouteille.
  6. Verser lentement et sans s’arrêter, la bouteille inclinée, le vin coulant le long de la paroi de la carafe.
  7. Stopper dès que le dépôt atteint le col : les derniers centimètres troubles restent dans la bouteille.

Un vin ancien décanté se goûte tout de suite. S’il paraît fatigué, il ne gagnera rien à attendre. Le fond resté dans la bouteille, chargé de dépôt, peut reposer dans un verre étroit : une fois clarifié, il sert encore à goûter, et les plus prudents le gardent pour une sauce. Les vins de garde se décantent aussi pour une raison pratique, quand le dépôt colle au verre et se détache au moindre mouvement.

Combien de temps laisser un vin en carafe

Aucune durée ne vaut pour toutes les bouteilles, et les repères restent indicatifs. Un rouge jeune et corsé se carafe souvent une à deux heures avant le repas, parfois davantage s’il reste fermé. Un blanc puissant demande en général moins, de l’ordre d’une demi-heure. Un vin ancien se décante au dernier moment. La meilleure méthode consiste à goûter à l’ouverture, puis de nouveau dans la carafe toutes les vingt minutes environ : le vin dit lui-même quand il est prêt, et il vaut mieux carafer un peu trop tard que trop tôt.

Le vin en carafe se réchauffe plus vite qu’en bouteille, surtout dans une pièce chauffée. Les repères de la page sur la température de service du vin aident à partir assez frais pour arriver au bon degré.

À retenir : carafer donne de l’air à un vin jeune ; décanter retire le dépôt d’un vin ancien en le ménageant ; dans le doute, goûter avant et pendant, plutôt que de suivre une durée fixe.

Carafe large ou carafe étroite : choisir la forme

Pour aérer un vin jeune, la carafe à large fond, parfois appelée décanteur, offre une grande surface de contact avec l’air. Pour un vin ancien, une carafe plus étroite, à col fin, limite l’oxygène et protège un bouquet délicat. Le verre doit être fin et transparent, pour suivre la couleur et la limpidité. Le nettoyage compte autant que la forme : un simple rinçage à l’eau chaude, sans produit parfumé, puis un séchage tête en bas évitent toute odeur parasite. Des billes de nettoyage aident à détacher les traces de tanin au fond des carafes à grosse panse.

Sans carafe : verre agité et double carafage

Ouvrir la bouteille une heure à l’avance aère très peu le vin, car la surface en contact avec l’air se réduit au goulot. Faire tourner le vin dans un grand verre agit davantage, mais sur une petite quantité à la fois. Une autre solution, le double carafage, consiste à verser le vin en carafe, à rincer la bouteille, puis à l’y reverser : le vin profite de l’air et la bouteille garde son étiquette sur la table. Enfin, si un vin présente une odeur de moisi qui ne part pas, l’aération n’y pourra rien : il s’agit sans doute d’un vin bouchonné.

La rubrique Servir et garder réunit les autres gestes du service, de la température à la conservation.

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